Chroniques du confinement – J28 – Alien : Isolation

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Terminer plutôt que commencer : un mot d’ordre essentiel pour l’auto-discipline.

Les jours se suivent et se ressemblent pour qui, comme moi, n’est pas touché. L’effarement demeure – surtout quand les témoignages abondent du même constat dressé hier. Je ne prétends avoir réuni une cohorte valide pour une étude sociologique solide, pourtant j’entends (et lis sur mes réseaux) trop d’amis et connaissances s’étonner de la fréquentation des rues autour de chez eux. De leur fenêtre, le spectacle est partout le même : la foule au dehors comme en temps normal.

Et quelle forces de l’ordre pourraient assurer les contrôles ? Eux aussi sont épuisés.

Les jours se suivent et se ressemblent un peu moins grâce à la mémoire de ces mêmes réseaux : “Il y a un an”, il y a un siècle, il y a une éternité… Nous n’irons pas bien loin malgré ce que les souvenirs numériques, mis en ligne et rappelés par la malice des algorithmes, veulent nous faire croire. Je ne peux m’empêcher de repenser à la trilogie Dernier meurtre avant la fin du monde de Ben H. Winters. Tout est dans le titre : un compte à rebours avant un cataclysme qui se profile et des personnages qui ont vécu la menace avec une relative insouciance, jusqu’à ce qu’elle devienne certaine. Avant l’annonce de l’inéluctable, tout le monde tente de maintenir le “business as usual”, aller au boulot, voir ses amis, regarder des vidéos en ligne, la vie du XXIe siècle, en somme. Et puis arrive le moment où le doute n’est plus permis. Nous n’en sommes pas encore là, toujours dans le “business as (almost) usual”. Le récit de fiction, comme toute bonne œuvre d’anticipation (ou d’extrapolation), nous tend un miroir. Que nous dit ce reflet ?

Alors les jours se suivent et se ressemblent encore moins : allo voisin, quel est le numéro de votre pépiniériste ? ah oui, la ferme du coin a des fromages de chèvre à vendre en direct puisque les marchés sont interdits ? (D’ailleurs, c’est pas un peu une aberration cette interdiction des marchés locaux quand les supermarchés – ceux qui dépendent d’une chaîne d’approvisionnement bien plus complexes – restent ouverts ?) Un début – timide – de recréation de tissu économique local. De résilience. De politique : de vie dans la cité, pas de carrière.

Ça prend du temps. Et oui, c’est un projet en plus, et il vaut mieux finir que commencer. Une seule exception : si le nouveau projet s’avère plus urgent que tous les autres déjà entamés. Je crois tenir un bon candidat.

Et vous ? Vous avez un projet local ?

Une chèvre qui sourit. Si si.

The goat who stared at men.

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2 Commentaires

  1. meurin

    Beau commentaire de l’actualité. À 800 kms, nous vivons la même, quasiment.
    Donc tu as, auras bientôt, des biquettes ? comment ça, j’ai mal compris ?

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    1. Frédéric MeurinFrédéric Meurin (Auteur de l'article)

      Comme pour les poules (question qu’on m’a posée hier en privé), oui, les biquettes sont en projet, mais pas pour tout de suite. Terminer avant de commencer. Et puis il y a une ferme qui nous fournit en fromages à 1,5km, ça fait la balade. Nous allons tenter de leur négocier du lait pour faire nos yaourts – et éventuellement en boire en direct, c’est pas affreux le lait de chèvre 🙂

      Répondre

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