Conseils d’écriture

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Aussi surprenant que cela puisse paraître, des personnes m’approchent pour me demander des conseils. Sur l’écriture.

Chirurgien en tenue stérile demandant : "qui, moi ?"

Vous voudriez pas que je m’entraîne un peu à la neurochirurgie sur vous, plutôt ?

Nous allons donc jouer à un jeu : je vais vous donner “mes conseils”. Ceux que j’essaye d’appliquer jour après jour et qui sont les rares préconisations que j’ai retrouvées sous la plume ou dans la bouche de tous les auteurs que j’estime. Cela dit, il n’y a pas de règles.

Une méthode ?

Qwant vous proposera en réponse aux mots-clefs “Conseils d’écriture” ou “Writing advices” une pléthore de liens, présentant autant de méthodes et de recommandations d’écriture, parfois très subjectives.

Il n’appartient qu’à vous de trouver VOTRE méthode, avec ou sans plan, commencer par les dialogues ou au contraire des kilomètres de description, écrire la fin puis le début puis le milieu avant de revenir à ce que vous pensez être l’avant-dernier chapitre puis cette séquence trop cool…

De même, à vous de choisir si vous voulez décrire le physique de vos personnages ou pas du tout, les paysages, les verbes que vous emploierez dans vos dialogues, si vous souhaitez écrire des histoires trépidantes ou contemplatives, etc, etc… Ces choix, vos choix à terme, constitueront votre style. Et ce style ne s’affirmera sans maladresse qu’après beaucoup, beaucoup de travail (je peux vous pointer plein de défauts de mon premier roman, j’en ai une conscience aiguë aujourd’hui, mais pour paraphraser Wilde, ces erreurs constituent une expérience dont je me réjouis, et j’avance).

Du travail, donc.

Ce mot désagréable. La première forme que va prendre le travail sera celle d’une discipline. D’abord : finissez ce que vous avez commencé.  Chuck Wending le dit parfaitement bien sur son site, c’est très bien écrit, très drôle, en anglais mais on s’en fiche, allez lire cet article. Il est dans mon top 3 des conseils d’écriture les plus marquants. Vous le trouvez trop long ? Arrêtez d’écrire. Oubliez, c’est trop dur pour vous.

Vous ne parlez pas anglais ? Allez, admettons. L’article dit essentiellement ceci : “Finish your shit”. FINISSEZ. Allez au bout. Ne faites pas comme tous ces gens qui “voudraient écrire” : lancez-vous. Et une fois dans le bain : nagez. Votre premier chapitre est mauvais. Ne le retravaillez pas. Un parfait premier chapitre n’est rien sans le second. Alors écrivez le second, qui sera peut-être tout aussi mauvais. Transformez-le en deuxième en écrivant le troisième. Et ainsi de suite. Allez au bout de votre histoire. Terminez. Achevez. Faites-le. “Fait est mieux que parfait”. Que ce soit un roman, une nouvelle, un sonnet, un quatrain, un haïku : terminez-le. N’attendez pas la perfection, elle ne viendra pas. D’une il faudra la chercher et comme l’horizon, elle reculera sans cesse, cette canaille ; et de deux, en la poursuivant vous atteindrez un autre continent : celui du “j’ai fini ce truc”. Libre à vous alors de relire le truc en question, de le trouver horrible – ou génial – , de le mettre à la poubelle, dans un tiroir ou sur votre bureau pour le reprendre depuis la page une, mais vous pourrez en faire quelque chose, quelque chose d’autre que fantasmer dessus.

De la perfection, cette bonne excuse

Mais avant de parler de l’indispensable ré-écriture, tout doux bijou. J’aimerais insister sur cette idée de perfection. Savez-vous pourquoi les (aspirants) écrivains sont les pires procrastineurs ? Parce que le récit qu’ils s’imaginent dans leur tête est cent fois mieux que le résultat final. Je n’ai pas inventé ça : Megan McArdle l’explique très bien dans cet article de 2014 paru dans The Atlantic (en anglais, encore une fois). Lui aussi dans mon top 3 des articles marquants sur l’écriture.

En substance : oui, ce roman que vous avez en tête est digne de tous les prix prestigieux possibles. Et celui que vous écrirez sera refusé dix-sept fois (comme le premier roman d’une certaine J.K. Rowling). N’empêche : celui que vous avez écrit existe et peut être amélioré (cf point 1 : du travail). Donc : écrivez et finissez votre truc (finish your shit). Votre peur de la médiocrité doit céder face à une plus violente : celle de ne rien produire. Un truc bof vous attirera plus de satisfaction qu’un joli rêve (si vous vous contentez du joli rêve, tant mieux, mais vous n’avez pas vraiment envie d’écrire – ce qui n’est pas grave).

Objectif : finir ; échéance : “un jour”

Oubliez ça. “Un jour” n’est qu’une manière fallacieuse pour dire : “jamais”. Imposez-vous une échéance, une vraie. Les plus chanceux d’entre nous ont un éditeur qui leur mettent un couteau sous la gorge pour livrer un manuscrit en temps et en heure. Les autres n’ont que leur discipline et quelques astuces.

Inventez-vous vos deadlines. Participez à un concours d’écriture qui n’acceptera plus les candidatures passé telle date. Mettez-vous des tâches dans Habitica. Fixez-vous une date pour vous-même. Ou informez-en un proche bien relou avec qui vous passerez un contrat : il vous harcèle, vous écrivez. Trouvez un moyen.

Du boulot régulier

Tout ça vous parait rébarbatif ? Oui, comme se mettre à la méditation régulière, pratiquer d’un instrument de musique, arrêter de fumer ou commencer le sport. Ça se mérite. Oubliez l’image du génie inspiré par l’air du temps, l’amour ou que sais-je (l’alcool et la drogue sont de très mauvaises idées, essayez une fois, relisez-vous une fois les effets et le mal de crâne passé). Personne ne noircit cinq pages géniales au premier jet, a fortiori cinq cents : c’est un rêve hollywoodien mensonger. Il faudra reprendre, ré-écrire, remettre cent fois sur le métier son ouvrage. Si si. Oubliez le fantasme inverse, le génie incompris qui est trop tourmenté pour écrire : c’est du nombrilisme (de film français à deux balles). Les deux font vendre mais vous ne produirez rien comme ça. Vous avez peut-être un don, du talent, des prédispositions, appelez-ça comme vous voulez, mais sans pratique, vous ne vaudrez pas mieux que ça :

Exactement comme pour n’importe quelle activité, il va falloir pratiquer régulièrement. Bonne nouvelle, les résultats arrivent assez vite. En vingt heures. Vingt. Josh Kaufman vous expliquera ça mieux que moi dans sa conférence TedX en anglais sous-titrée français – plus d’excuses ! Bien sûr si vous pouvez y consacrer une heure par jour, tous les jours, c’est bien. Mais même s’y mettre un peu chaque jour, ça suffit. Voire, c’est indispensable, comme l’explique ici Lionel Davoust : travaillez votre histoire chaque jour. Même une phrase. Et le même Lionel Davoust est revenu avec Mélanie Fazi et Sandrine Faye sur le sujet de l’écriture quotidienne dans un épisode de Procrastination (podcast d’écriture en 15mn).

Si vous souhaitez écouter des auteurs confirmés parler intelligemment d’écriture, et qu’un son dégueulasse ne vous rebute pas, je vous conseille donc le podcast d’Elbakin sur l’écriture : Procrastination. Comme le disent ses intervenants, Lionel Davoust (encore lui), Mélanie Fazi, Laurent Genefort puis Sandrine Faye (excusez du peu, quoi), ça ne dure que 15 mn par épisode parce que “vous avez autre chose à faire et qu'[ils n’ont] pas la science infuse”. Ils ont cependant assez d’expérience et de culture pour que ces 15 mn vous soient très profitables. Du coup je vous mets en lien l’épisode 8, qui explique le Show, don’t tell (Montrez, ne racontez pas). Écoutez les autres aussi ! (si la qualité sonore vous rebute, oubliez l’écriture, ce sera trop dur).

Du travail régulier pour tenir des échéances à travers des objectifs intermédiaires raisonnables, le tout grâce à un peu de culture sur l’écriture piochée ici et là. Vous savez tout ce que je peux avoir à vous “transmettre”. Avec encore ce rappel : si tu rencontres Bouddha, tue Bouddha (c’est-à-dire : il n’y a pas de règle valable pour tous. Ne commettez pas de meurtres. Ou alors ne dites pas que c’est moi qui vous ai incité à le faire. Merci).

Au boulot.

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